Sport, Fun et Gourmandise

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INTERVIEWS

"J'ai terminé un ultra-swimrun, et je n'en reviens encore pas !" Découvrez le compte rendu de Claire qui a terminé le swimrun côte vermeille le 23 juin dernier!

“N’arrête pas quand tu souffres, arrête-toi quand ton objectif est atteint”

 
Les WE se suivent et se ressemblent ^^ … Une semaine après mon premier Ironman, je me lance dans un nouveau défi : l’Ultra Swimrun de la Côte Vermeille : 63.3 km (dont 8.6 de nage) et 2500m de dénivelé sur la course à pied typé trail…
 

La pression monte au fur et à mesure de la semaine.

Je regarde des vidéos, je cherche des conseils par ci par là pour cibler au mieux cette discipline que je n’ai jamais pratiqué.
La veille au soir, le stress est bien là. Ça fait bien longtemps qu’il n’a pas été aussi présent. En réalité, j’ai peur. Peur que mes genoux ne tiennent pas la distance ; peur d’avoir des brûlures, des ampoules ou des frottements ; peur de ne pas m’alimenter correctement ; peur de ne pas pouvoir terminer, tout simplement. L’inconnu m’effraie. Je n’ai pas de repères pour me rassurer.
Alors pour me calmer, je me raccroche à mes certitudes : je sais que physiquement je suis entraînée et que j’ai “la caisse pour le faire”; je sais que Jean-Mi, mon binôme, est au top et qu’on va bien s’entendre; je sais qu’on va évoluer dans un décor de rêve chargé de souvenirs pour moi… Alors tout ira bien !
 
Réveil 3h45 après une micro nuit fractionnée en 30’… Tête dans le pâté mais Ready 😛
Même rituel que la semaine dernière : ptit dej, couettous, habillage, “vaselinage” intense, verif des ceintures (j’ai fait un petit tust avec les différentes sections du parcours histoire de savoir où on en est).
On rejoint la navette qui nous amène au point de départ. A 5h15 du matin, sur ce parking d’Argelès, on assiste à un spectacle rigolo : d’un côté, une centaine de fous en combi/baskets/bonnets/lunettes de piscine sont au début d’une longue journée. De l’autre, une dizaine de jeunes gens légèrement (ou moins légèrement) alcoolisés, rentrent se coucher après une longue nuit de fête. Chacun son monde … et je suis bien dans le mien 🙂
Sur le trajet en bus vers le départ, on passe les villages les uns après les autres. Chacun réalise qu’il va falloir faire tout ça dans l’autre sens…!
Arrivés sur les lieux, le spectacle du lever de soleil sur la mer est splendide !
Je vous passe les détails de 200 athlètes qui descendent du bus et cherchent à évacuer le dernier stress là où ils peuvent dans un décor si pauvre en végétation (zéro complexe ^^)
On retrouve Fabrice et David, ils sont chauds patate eux aussi. Christelle et Sylvie, les reporters de choc, sont prêtes à nous suivre toute la journée.
L’ambiance est juste top ! On danse, on se chambre, on rigole. A cet instant, je n’échangerai ma place pour rien au monde.
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6h30 : Gooooo !

On souhaite bonne course aux copains. On se dit “à ce soir 😉 “
C’est parti pour une première section de 8km de course et déjà les premiers escaliers… ça ne sera pas les deniers ^^. Le pull glisse, les plaquettes ballottent…Quelques petits réglages techniques s’imposent. On part tranquillement mais correctement. Tout va bien 🙂
On arrive bientôt à l’eau… STOP ! Les binômes de devant nous disent de faire demi-tour. On s’est trompé de route… Et puis non c’était ça… ah non, en fait non… Bref, on tourne en rond cinq bonnes minutes avant de retrouver la trace. Il faudra être plus vigilants. La montre nous affiche déjà 10km. “Plus que 6 fois ça” me dit Jean-Mi. Ouais ou plus car il y a déjà 2km en plus que prévu ^^
Il commence à faire chaud.
Bonnet, lunettes, pull entre les jambes, plaquettes aux mains (dans le bon ordre sinon c’est compliqué ^^) et c’est parti pour la première natation. L’eau est fraîche mais je la trouve bonne. Que ça fait du bien de nager ! La mer est un peu agitée et les repères sont totalement différents de la piscine ou du canal. La portion est courte, c’est juste un petit bain.
À la sortie, il y a le premier gros ravito. Je suis un peu déçue car il n’est pas aussi complet que prévu. Alors je teste : cacahuètes, Tuc, fruit, raisins secs et pâte de fruit. On va bien voir ce que ça donne …
On repart pour la course. L’inactivité de mes jambes et la température de l’eau ont refroidi ma cuisse. Ma douleur semblable à une grosse béquille se réveille. Je serre les dents. Ca pique un peu mais ça va passer, ça DOIT passer. On est qu’au 15ème km ça va être long sinon. J’essaie d’utiliser la jambe gauche comme appui principal, ce qui est loin d’être naturel.
On monte, on descend, on nage, on monte, on descend, on nage…et on prend nos repères. Le décor est juste magnifique !
En courant, je frotte mon bras contre un cactus … Note à moi-même : ne plus essuyer mon visage avec ce bras droit plein d’épines ^^…
On arrive sur une longue portion de natation qui nous amène à Banyuls. Jean-Mi me distance un peu. Heureusement que la tenue du club se voit de loin ^^.  On se fait secouer sévère ! Je m’accroche mais l’orientation est difficile et je bois plusieurs tasses (beuurk). J’aperçois enfin les oriflammes, mais c’est loin d’être gagné. Les vagues d’1m50 font ce qu’elles veulent de nous. Elles nous propulsent en avant puis nous ramènent en arrière. Les rochers sont proches. J’essaie de garder mon sang froid et j’arrive tant bien que mal à sortir de l’eau. Sylvie et Chrystelle nous attendent. Elles ont eu aussi peur que nous.
A peine le temps de nous remettre de nos émotions, qu’il faut enchaîner avec trois autres grandes portions de nage. L’eau est fraîche et dehors il commence à faire chaud. Le corps doit donc constamment réguler la température interne. Jean-Mi n’arrive pas à se réchauffer car les portions de course sont courtes. Il tremble comme une feuille, ils sont un paquet dans son cas. Moi ça va, je n’ai pas froid (je remercie ma matière grasse à ce moment-là ^^). Il est dans le dur mais il s’accroche. Je l’aide en me mettant devant lui dans l’eau pour le tirer. Il lui tarde la montée à la Madeloc. Moi, pas vraiment ^^.
Je manque de perdre mes lunettes, lui perd une plaquette. C’est folklo mais on rigole ! Heureusement, on trouve une plaquette de secours (merci Angie). Jean-Mi me demande combien fait la portion de course. Je consulte mon tust : 360m. Il décide de garder le bonnet du coup… Échec, je me suis trompée d’une ligne. En fait il y a 4.7 km … Dommage !

En levant la tête, on aperçoit la Madeloc TOUT LA HAUT … on arrive !

Avant de monter, on prend le temps de se rincer à la douche de plage. Je quitte ENFIN le bonnet, les lunettes et le lycra. Je vide un peu mes chaussures, j’enfile le bandeau et goooo ! Sylvie est là pour nous encourager et nous transmettre les petits mots de tout le monde. Ça nous rebooste ++.
C’est parti pour 7km d’ascension avec 800m de d+, 17km au total avant de revenir ici.
On a déjà fait plus de 40km. L’un comme l’autre nous n’avons jamais fait plus en distance. Il va falloir bien gérer notre effort.
Je suis bien. Étrangement, je ne sens plus ma douleur à la cuisse, mes genoux ne vont pas trop mal et je fais taire la moindre douleur qui apparaît.
Le ravito précédent remonte à avant la dernière natation. Il commence à faire sacrément soif ! Mais comme d’hab, ça se mérite tout ça. Il faut monter jusqu’au fort St Elne. On prend le temps de bien s’alimenter et s’hydrater car la montée va être longue.
Tout se passe bien, tranquillement mais surement, on avance. On papote un peu avec les autres duos. Au ravito boisson à mi-parcours, la bénévole nous demande s’il y a encore des gens derrière nous … EUH, oui on espère ! (Ses encouragements nous font chaud au cœur :P)
On attaque la partie raide. Petit à petit, on rattrape puis on dépose deux ou trois équipes. Ca nous redonne de l’entrain. Le paysage est à couper le souffle. Il faut “prendre des photos avec les yeux”.
On profite tout en se racontant nos histoires de rugby, nos débuts en triathlon et les raisons de notre arrivée au club (pour ma part, c’est grâce à Sylvie et lui).
Et là, au détour de la colline, se dresse devant nous la fameuse tour Madeloc. L’émotion est grande. Je tape un coup dessus en passant. Énorme pensée pour mon papa qui nous a tant de fois raconté sa montée en commando.
Je regarde le port de Collioure en bas. Bizarre de se dire qu’on était tout là-bas … et surtout que maintenant il faut y revenir…
Au ravito, il y a un cycliste qui s’apprête à redescendre. Je meurs d’envie de lui piquer son vélo.
Les premiers mètres de descente sont terribles. Je préférai tellement la montée ! On réussit à courir sur un petit chemin qui fait “des vagues”.
Au ravito suivant, je regarde l’heure. La barrière horaire m’inquiète ++. Il est 18h et on doit être revenu au port à 19h. Il nous reste 3km de plat le long de la montagne puis 3.5km de descente jusqu’en bas.
On se regarde et sans mot on se comprend : pour nous le chrono de la Madeloc se fera sur la descente. Je sais que l’heure du calvaire a sonné pour moi.
On part en courant. Je pose le cerveau et fais taire les moindres émotions qui pointent le bout de leur nez. Je VEUX arriver en bas dans les temps. Je me répète : plus vite tu cours, plus vite ça sera fini. Jean-Mi est devant. Cette fois-ci c’est moi qui suis dans le dur et lui qui me tire. Il me demande régulièrement si ça va, si je veux marcher. Mais c’est hors de question. Je ne lâcherai pas maintenant.
18h20, il reste 3.5km jusqu’en bas. “Vous êtes larges, ça fait que descendre” me dit le bénévole au ravito … Merci mec mais comment te dire que c’est justement ça le problème !
On ne perd pas plus de temps, on continue.
Juste avant d’attaquer la partie technique de la descente, on passe devant un grand rocher. Je le reconnais. Il me ramène 15 ans en arrière. Je revois mes petits frères, perchés tout en haut. J’ai une boule dans la gorge … NON Claire ce n’est pas le moment. Les émotions on verra plus tard !
On reste prudent et lucide. Comme nous l’a dit un bénévole un peu plus tôt :“Ce n’est pas ici qu’on gagnera, mais c’est ici qu’on peut perdre”. Je me demande comment mes cuisses et mes genoux arrivent encore à me retenir après tous ces km … le corps est vraiment incroyable.
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18h35 : Fini la descente, AMEN ! On attaque une longue partie de goudron. C’est interminable … Je sens que mes dessous de pieds sont à vif. Humides depuis 7h30 ce matin + le sable dans les chaussures …ça ne fait pas bon ménage. Mais je n’écoute plus la douleur. Je n’ai qu’une obsession : NE PAS ÊTRE HORS DÉLAI !  Ce serait affreux de devoir arrêter maintenant. Je donne tout ce que j’ai pour lui, pour moi, pour nous. Les minutes défilent, il y a plus de 3.5 km c’est sûr !
On arrive enfin sur la plage. Il est 18h53, OUF ! Je demande trois fois à la bénévole si c’est ok. Elle nous rassure, on va pouvoir finir la course. C’est bon ça !! Maintenant c’est pour le plaisir.
Lycra, bonnet, lunettes, plaquettes, on peut y aller. Le retour dans l’eau fait du bien. Quel plaisir de changer de discipline et de reposer les jambes ! Le ravito à la sortie est bien appréciable aussi. Les bénévoles sont au top. Deux autres duos nous suivent depuis un petit moment. Ils sont meilleurs coureurs que nous mais, même sans combi, on nage beaucoup plus vite. Alors on se double les uns les autres, on s’encourage. C’est top !
La mer s’est calmée et c’est un plaisir de nager (même si 9km avec les plaquettes ça commence à piquer un peu dans les épaules ^^).
On est partis avec le soleil levant, maintenant il se couche. C’est beau mais pas pratique pour voir les bouées. J’arrive tant bien que mal à les distinguer. Je dis à Jean-Mi de me suivre. Il lui tarde de finir la nage car il a à nouveau froid.
Pas de souci, les organisateurs ont prévu 800m sur le sable manière de se réchauffer. Sympa après plus de 65 km … ^^. Les odeurs de pizzas et de grillades sont atroces !
 
Les derniers km sont très très intenses émotionnellement pour moi. Je connais le chemin par coeur. Des milliers de souvenirs remontent. On traverse tout le port d’Argelès : l’hôtel, le resto de “chez yan”, l’appartement, le glacier, le “Justine IV”, Pizza top, la passerelle… J’ai des frissons, je rigole toute seule. Je suis juste Heureuse ! Mes proches ne sont pas là physiquement mais je les vois partout. Je me concentre pour ne pas pleurer maintenant. Surtout pas, il reste encore 1.5km, il faut que je puisse respirer.
Les gens sur le port se demandent bien qui sont ces fous dans cette tenue à cette heure-ci. Mais peu importe, nous, on savoure ! Les 87 nous rattrapent. Alors on s’accroche. On déroule les jambes. On court bien, pas de douleurs, juste le plaisir.
Les gens nous encouragent, on accélère encore. Le corps est vraiment impressionnant !  Dernier virage, quelques mètres sur la plage puis la dernière portion de nage. Les 87 sont déjà à la bouée. On se lance un dernier mini défi : “Allez on les croque :p” ! Yes, on sort de l’eau devant eux.
Chrystelle nous tend les casquettes, le speaker annonce notre arrivée … c’est juste OUF ! WE DID IT ! Au final, environ 70km au compteur dont 9 de nage et 2500m de d+. Finishers, en 14h30 certes, mais FINISHERS !!
C’est bon, je peux ouvrir les vannes. On se serre fort, on se remercie … C’était incroyable.
Sylvie nous attend, les yeux plein de larmes elle aussi. Je suis tellement heureuse de la voir.
David et Fabrice sont déjà changé ^^, on se félicite. Je pleure dans les bras d’Angélique. J’appelle mes parents, j’ai besoin de les entendre. Je veux partager ça avec eux.
Ce que je ressens à cet instant est indescriptible et inédit. Un mélange de fierté, de plénitude, de nostalgie et de fatigue. Des souvenirs gravés à jamais dans ma mémoire et des traces de bronzages magnifiques pour l’été :p
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Les défis nous font découvrir sur nous-même des choses que l’on ne soupçonnait pas. C’est ce qui nous grandit et nous pousse au-delà de nos limites.
J’ai encore appris énormément de choses sur moi-même aujourd’hui. C’est fou ce que notre mental peut être faible et fort à la fois ! Je n’ai pas résisté longtemps à la proposition de participer à cette course :p …. et j’ai pourtant mentalement réussi à la finir ^^.
 
Une chose est sûre, seule je n’aurais pas réussi.
Claire Lefranc
“Tout seul je vais vite, ensemble on va loin, l’esprit d’équipe, comme un besoin”. GCM

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