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Kelly nous raconte Vichy 2019, son premier Ironman Full Distance !

Comme souvent, laissez moi vous présenter un athlète qui nous raconte son histoire, son premier triathlon longue distance. Aujourd’hui, c’est Kelly, mon amie montalbanaise de coeur et Irlandaise d’origine, qui partage avec nous son expérience incroyable. Elle nous a fait frémir pendant presque 16h00, en parcourant les 3800m de natation, les 180 kil de vélo et les 42 kil en course à pied d’un triathlon hors normes, tout proche de la canicule ! C’était en Août dernier, mais on dirait que c’était hier !

“J’ai décidé, après 2 mois d’hésitation, d’enfin cliquer sur le bouton “s’inscrire” en novembre 2018. C’est une épreuve qui me fait peur et à mon chéri aussi mais quelque chose au fond de moi me fait croire que c’est possible et je suis inspirée par les personnes de mon entourage qui l’ont fait.

Ma règle d’or sera l’assiduité. Toutes les semaines, par toutes les saisons, je serai à la piste, dans la piscine, à la salle de muscu et sur mon vélo sans faute. Je suis un plan de préparation de base de 3 mois de février à avril puis un plan spécifique de 4 mois de juin à août.

La veille de course, je profite de la journée pour suivre et encourager le trio de choc TCM sur le half-Ironman. Très fière de l’excellent résultat de mon chéri en particulier.

Le jour J commence à 4h du matin après une courte mais bonne nuit de sommeil. Je ne suis pas stressée car je me sens prête et j’ai ma liste pour ne rien oublier. J’ai quand même failli oublier ma montre GPS en partant 🙄. Je pars le ventre rempli, crémée et tatouée avec mon équipe de choc, Mathieu, mon chéri et Claire, qu’on ne présente plus 🐗.

On récupère Aurélien et sa femme devant l’immeuble pour aller au départ. Tout est en place dans le parc à vélo. Je fais la connaissance d’une fille dont c’est le tout premier triathlon😱. L’eau est annoncée à 22°C. Je prends le temps de bien mettre ma combinaison et je rejoins le sas de départ 76’, ce qui correspond à mes allures récentes en piscine. Petite pensée à coach Matthias, qui, avec ses entrainements, m’a fait passer en moins de 2 ans d’une moyenne de 2’20/100m sur 1000m à 2’00/100m sur 4000m!🤗

Après quelques câlins à mon chéri à travers le grillage du parc à vélo, je me dirige vers le départ natation. On a de la chance, chose assez rare à Vichy, la combi est autorisée ! Je suis enthousiaste et pressée d’y aller. Je fais la queue avec tous les autres.

C’est mon tour, je saute du ponton. L’eau est bonne et je pose de suite ma nage. Je suis bien et j’ai l’impression d’avoir l’Allier pour moi toute seule. Personne ne se met des coups, on est tous là pour le défi et le plaisir. Les bouées sont faciles à repérer et le temps passe vite. 500m, 1000m puis on est déjà au demi tour. Je reste concentrée sur ma nage et mon alignement. 2500m, 3000m puis je vois déjà la sortie.

Les bénévoles nous attrapent la main et en un clin d’œil, on est sur la terre ferme. J’enlève le haut de la combi en courant vers la T2. Je repère mon équipe, je leur fais coucou 👋 et je manque de trébucher sur le tapis devant eux 🤭. J’attrape mon sac vélo, j’enfile ma tenue, casque et chaussures puis je retrouve mon vélo au parc.

Je passe la ligne de départ et je saute sur le vélo pour la journée.

C’est un nouveau parcours exigeant que je pense boucler en 8 heures maximum. Sauf que tout ne se passe pas toujours comme prévu. Je découvre en mangeant ma première barre que j’ai des crampes d’estomac très douloureuses et des nausées🥴. J’essaye de finir ma barre en arrivant à Cusset mais la douleur est encore pire alors je passe à la boisson ISO en attendant que la douleur s’en aille.

Les montées sont plus raides que dans mes souvenirs lors de la reconnaissance du parcours en juin mais je respecte mon plan et je maintiens un niveau d’effort économique pour préserver mes jambes. Il y a un marathon à courir après!

A la fin du premier tour, ma moyenne semble se caler autour de 22km/h donc je sais que je suis partie pour les 8 heures completes. Deuxième tour, la douleur diminue mais la chaleur augmente. Je prend conscience que je roule depuis 4 heures et que je n’ai mangé qu’une barre. Au ravito de Mayet, je prend une banane et beaucoup d’eau car la chaleur commence à taper. Au km 125, je m’arrête prendre mon ravito personnel qui contient des récompenses préparées en amont. J’ai des makis au concombre 🍣qui passent bien et des petites patates au four salés🥔. Ce sont surement ces calories qui m’évitent le pire au niveau glycémique.

J’oublie de prendre de l’eau en partant de ce ravito alors je fais avec mes gourdes de boisson iso chaudes, pas terribles🤢. Le dernier tour se passe bien, c’est plus calme mais l’ambiance est difficile. Je vois des personnes abandonner, d’autres marcher dans les montées et une autre, rentrer en ambulance sur une civière. Au dernier ravito, je fais le plein d’eau et je passe sous l’arrosage pour me refroidir🥵. C’est la descente jusqu’à Vichy et je pense à la suite. Au vu de l’heure, j’ai 2 heures de marge par rapport à la barrière horaire de la T2 mais je vais être juste pour mon marathon. Courir après une telle durée en vélo sera totalement inconnu pour moi.

J’arrive à la T2 où je prend mon temps pour éliminer un maximum de facteurs de risques. Je me change intégralement. Je m’imbibe de crème anti-frottements. Casquette, lunettes, crème solaire, chaussettes sèches. Je bois de l’eau et je mange une petite patate. C’est parti.

Au début du parcours CAP je tombe sur mon équipe d’amis auquel s’est ajouté Thomas, de passage chez lui. C’est gentil, en plus il a l’air impressionné.

Je demande si j’ai bien 6 heures pour courir mon marathon mais ils me disent juste que je suis large. Je me sens pas sereine de courir à l’aveugle. Après quelques kilomètres de course en marchant uniquement au niveau des ravitos, je vois que mon allure affiche 8’30/km. Comment est-ce possible ? Je savais même pas que c’était possible de courir aussi lentement, pourtant je cours pas vite. C’est un peu la panique dans ma tête et je me vois arrivée hors délais (>16h).

Au km 5, je trouve mon équipe à laquelle s’est ajoutée une excellente amie Manon, je suis très touchée qu’elle soit venue. Elle est avec sa chienne que j’adore. Une petite caresse et elle court à côté de moi. Mes supporteurs coupent en bateau navette pour me retrouver sur le 2ème tour. J’arrive à manger maintenant et je tourne à la banane et aux tucs. Il fait chaud mais je supporte bien. Les jambes sont douloureuses avec la fatigue et je me demande combien de temps je vais tenir avant de marcher.

Fin du premier tour par un passage dans la foule de la ligne d’arrivée, prise de chouchou à la sortie et retour sur le circuit. Je demande mon temps total à Mathieu, mon chéri, qui sort l’appli pour regarder. Je suis à 11h30 de course, j’ai 4h30 pour faire 3 tours. Je le sens mal mais je me laisse encore un tour pour voir. Je profite à fond des spectateurs qui sont partout et qui mettent une ambiance de malade. Au fond, j’ai de plus en plus peur de ne pas y arriver. A la fin du 2ème tour, Mathieu me fait passer des messages de ma maman et d’autres amies très chères. J’ai les larmes qui coulent car j’ai peur de ne pas y arriver et de les décevoir. Et toutes ces personnes qui me suivent sur le tracker et qui croient en moi. Les pensées négatives m’envahissent et je cours sans conviction jusqu’au 23ème km. Je marche au ravito mais je ne repars pas en courant. J’ai des nausées, des frissons, je perds ma lucidité car j’ai l’impression que le sol est devenu mou et que je rebondis dessus. J’ai envie de m’arrêter et de m’allonger pour que la douleur s’arrête. Des spectateurs me crient en anglais que je vais y arriver et que je dois continuer à avancer à tout prix. Je fais un point dans ma tête et je ne trouve pas de raison d’abandonner. Je n’ai ni blessure, ni coup de chaud, ni hypoglycémie. J’ai mal de fatigue uniquement.

Je repars en courant doucement et je retrouve mon équipe. Ils étaient inquiets et avaient commencé à remonter le chemin pour me retrouver. Je leur explique et ils me poussent à m’arrêter au ravito suivant pour faire le plein et repartir. Je vois arriver Claire qui a compris de suite que j’avais heurté un mur sur le plan mental. Elle est plutôt experte en matière de mental de ouf. A partir de là, je crois qu’elle ne m’a plus lâchée. Je repars en courant pour finir la boucle en ville. Elle me rappelle que quand je vais repasser là, ce sera le dernier tour. Je veux vite en finir, de ce tour, et être au dernier. On fait le point en courant sur mon timing.

Je n’ai plus aucune marge d’erreur et je dois tout courir. Il se peut quand même que je loupe la barrière horaire de quelques minutes à peine. Je décide que ce ne sera pas possible d’échouer, je sais qu’à ce niveau, je suis capable de finir et que physiquement mes jambes peuvent me porter jusqu’à la ligne. Je veux un temps qui compte, il est hors de question d’avoir un DNF à côté de mon prénom. L’interrupteur a basculé dans mon cerveau, mon mental a prit le relais. Je ne pensais plus qu’à finir ce dernier tour et à surtout pas m’arrêter. Les seuls sons que j’entendais sont les encouragements de Claire, Manon et Mathieu qui m’ont suivi sur tout le dernier tour. Il faisait nuit mais aussi moins chaud. Je commence à accélérer et je vois que je tiens bien. Je veux finir. Les spectateurs restants sont à fond avec moi. A chaque tapis de chronométrage, je dis “bip, je suis là” comme pour envoyer un message à toutes les personnes qui me suivent sur le tracker leur disant que je ne vais pas lâcher et qu’ils ont raison de croire en moi. J’avance et j’accélère. Je sors de la ville et j’entame la dernière ligne droite vers le pont qui mène à l’arène de la ligne d’arrivée. J’hallucine car je double encore pas mal de personnes après cette journée de dingue. J’ai des ailes. Je suis déjà sur la ligne droite avant l’arène. Mon équipe me rappelle que je dois penser à profiter de ce moment. Dans ma tête c’est notre moment. Ils accélèrent pour aller me voir à la ligne d’arrivée et je tourne à droite pour passer devant le dernier ravito avant l’entrée dans la fan zone. Les bénévoles se sont regroupés ici, des dizaines alignées pour me faire une haie d’honneur et une hola comme si j’étais la gagnante. Je suis émue. Je leur crie “merci merci merci, cela n’existerait pas sans vous”. J’accélère encore pour entrer vite dans l’arène.

C’est lumineux, il y a un bruit de folie, c’est dingue. Tout le monde me tend la main. Je rase les bords pour taper dans la main de toutes ces personnes qui me font une ovation. Je profite mais c’est irréel. J’y crois pas, j’y suis, j’arrive dans la ligne droite pour passer la ligne. Je ne sais même pas quoi penser. Il y a beaucoup de bruit mais je ne distingue pas les paroles du speaker, c’est de la folie. Je passe la ligne avec un sourire tellement grand qu’il fait mal, je rigole toute seule, quelle joie. Je me tourne pour voir le chrono. 15h44. Ouf, ça compte. J’ai même rattrapé un quart d’heure de marge. Incroyable. Un bénévole me passe une médaille autour du cou mais ce n’est pas ma médaille, je n’ai pas réussi toute seule. C’est toute une famille, une équipe, un club, des amis, des connaissances et même des inconnus. Chaque kilomètre de ma vie a compté pour arriver là. Alors merci car si vous lisez ceci, c’est que vous avez contribué à ma réussite dans ce défi. Merci.😘


J’ai beaucoup appris sur la puissance du mental en positif et en négatif. Il est capable de m’empêcher de manger au moment où j’en ai le plus besoin mais aussi de me faire continuer quand j’ai déjà atteint une fatigue physique intense. Nos limites sont bien souvent uniquement celles que nous nous fixons.
#AnythingISpossible

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