Sport, Fun et Gourmandise

L'art de vivre tout en étant accro au sport

INTERVIEWS

"Liberté, égalité, ligaments croisés" :Le témoignage émouvant de Claire.

Aujourd’hui, voici Claire, mon amie triathlète qui fût rugbywoman. Elle a connu LA blessure, la rupture des ligaments croisés, deux fois, au même genou. Elle a tenu à témoigner sur mon blog. Pour elle, la blessure est synonyme de prise de conscience. Bonne lecture !
« Liberté, égalité, ligaments croisés » … une phrase qui peut paraître banale ou rigolote pour beaucoup de monde mais qui me représente tellement …
Mais je l’utiliserai plutôt dans l’autre sens : Il y a d’abord la blessure (Ligaments croisés), puis vient l’acceptation, le « pourquoi moi ?» et le droit à la rééducation (égalité) et enfin la guérison avec ce PLAISIR indescriptible de reprendre (Liberté) !
Ma petite Histoire : « Bonjour, bonjour j’ai 25 ans et un genou en carton :p »
S’il y a bien une idée qui rassemble, une pensée qu’est pas toute neuve
C’est que quel que soit ton parcours, tu rencontres de belles épreuves
La vie c’est Mister Hyde, pas seulement Docteur Jekyll
J’ai vu le film depuis longtemps, la vie n’est pas un long fleuve tranquille”
Tombée dans la marmite du sport étant petite, j’ai aujourd’hui 25 ans et je n’ai pas vraiment économisé mon corps tout au long de ces années. Après un peu de natation et de danse, j’ai vite besoin d’un peu plus de contact. Je pratique donc le judo pendant quatre ans puis j’opte pour quelque chose d’un peu plus collectif : le RUGBY.
Tout me correspond dans ce sport et je m’éclate ! Au lycée, je rentre en sport étude à Toulouse. La première année, je vis difficilement le fait d’être interne. Mais je fais du sport tous les soirs et me fais des nouveaux amis et cela m’aide à passer ce cap. Malheureusement, une première entorse du genou m’éloigne des terrains pour 2 mois.
En deuxième année, alors que je commence à m’épanouir dans le jeu « au féminin » et que les portes de la sélection régionale s’ouvrent à moi … CRAC ! Dernière action de l’entraînement, je plaque… une douleur atroce me transperce !! mon genou vient de lâcher … Entourée de personne que je ne connais pas, je n’ose pas crier ma douleur … Je serre les dents, je me relève tant bien que mal, et je regagne les vestiaires … Le lundi, de retour au lycée, les avis s’enchainent…  On me dit d’abord « simple entorse », puis « va faire une IRM pour voir » et le verdict tombe : Rupture du ligament croisés antérieur.
Tout mon monde s’écroule et je suis inconsolable durant quelques jours. Puis je reprends le dessus, je dois continuer les études, blessée au milieu de tous ces gens qui n’ont que le sport et le rugby à la bouche. On est en janvier, j’ai le bac français en juin, je dois donc attendre juillet pour l’opération … puis passer 3 semaines en centre de rééduc à Luchon (eh oui le CERS pas possible car je suis mineure) … un peu plus d’un an avant de retrouver le terrain … autant dire une éternité.
P1010094
Je suis sérieuse et assidue et je fais une bonne rééducation. Me revoilà en forme l’année suivante. Fini le lycée, bonjour les études supérieures. J’ai changé, j’ai mis de côté le haut niveau, je préfère le plaisir à la compétition (ce qui n’enlève rien à ma rigueur à l’entraînement).  Je vis à 100 % chaque moment sur le terrain savourant ma chance d’être à nouveau là !
Ce ne sera pas très long … Un an et demi plus tard, nous revoilà au mois de janvier avec le froid, la fatigue et les terrains gras … Première action du match, alors que je cours tranquillement, mon pied se coince dans la boue mais mon corps avance et la CRAC… ! Je m’effondre ! J’ai mal, très mal … mais pas uniquement au genou … car cette fois -ci je sais ! Je connais cette douleur. Je sais exactement ce qu’il vient de se passer et TOUT ce que cela signifie … Je suis absolument inconsolable et pourtant réaliste. Je ne veux pas de pompiers, pas d’urgences, ce n’est pas la peine. L’IRM dans quelques jours suffira. Le verdict est sans appel : nouvelle rupture du ligament croisé antérieur, même genou …
C’est tout simplement un CAUCHEMAR ! J’ai des stages à faire, un BTS à passer en septembre, il n’y aura donc pas d’opération avant octobre ….
Les premiers mois sont très compliqués psychologiquement, je n’ai plus d’appétit, plus d’entrain et beaucoup de mal à positiver. Mais je remonte la pente petit à petit grâce au soutien de mes proches. Je me concentre sur mes études. L’examen à peine passé et après 2 ans et demi de BTS intense j’ai ENFIN un mois de véritables vacances … Destination de rêve : la Clinique Médipole Garonne !! C’est parti pour une nouvelle intervention suivie de 3 semaines de rééducation intense YOupi ! J’apprendrais que je suis officiellement Diététicienne sur mon lit d’hôpital entre l’ablation du drain et une séance de flexion : mémorable ^^ !

Des hauts, des bas, des victoires, des échecs … Je m’accroche et me fixe les objectifs les uns après les autres. Je reste bénévole dans le club. Je suis donc tous les WE au bord du terrain. Chaque match est vécu par procuration apportant son petit lot de frustration, de larmes et de solitude.  Mais c’est aussi une envie croissante de retrouver tout ça au plus viiite !!  10 mois plus tard, me revoilà sur le terrain avec les copines !!
Après tant de frustration, je suis motivée comme jamais. Je me régale mais il me manque quelque chose. J’ai trop d’énergie à revendre, le rugby ne me suffit plus, alors je me mets au défi de participer à mon premier triathlon M à Montauban. Et je kiffe !
Au rugby, je sens bien que mon genou n’est plus le même. Il tient ça c’est sûr mais je n’ai plus la même sérénité sur les appuis et les contacts. Je participe à mon deuxième triathlon de Montauban et là c’est le déclic, la révélation. STOP le rugby (sans regret) et bonjour le tri :p !
Histoire d’avoir bien les crocs, je commence par trois mois de repos forcé pour soigner une belle tendinite du genou que je traine depuis plus d’un an. 1er Janvier 2017, c’est le départ d’une nouvelle vie ! Je dois écouter mon corps, réapprendre à courir, découvrir un nouveau sport avec trois disciplines … Bref que de nouveaux défis à relever !
La rééducation : un mot qui prend tout son sens
IMG_0390
Deux fois huit mois où il faut tout réapprendre et où les maîtres mots sont PATIENCE et PERSÉVÉRANCE ! Ces phases durant lesquelles j’ai vécu les pires douleurs, les pires frustrations mais aussi de grandes victoires et beaucoup de fierté… Un immense panel d’émotions fortes avec le soutien inconditionnel de mes proches que je ne remercierais jamais assez de m’avoir soutenue et supportée durant tout ce temps …
“Pour les miens il est peut-être l’heure de m’arrêter un court instant
Pour les remercier d’avoir du cœur et un mental de résistant”
Parce que oui, tu sais que tu es en rééducation quand :

  • le kiné devient ton confident car tu le vois plus que ta famille et tes amis
  • la salle entière de kiné de te fait une ovation lorsque trois semaines après l’opération,  tu réussi enfin à soulever seule ta jambe de la table
  • que tu sois une fille ou un mec, ça choque personne que tu ais le look “short/mono bas de contention/baskets 😛
  • le lendemain de ton premier footing (de 10 min) après 4 mois d’arrêt, tu mets 15 min à descendre les 3 étages de l’internat tellement tu es courbaturée (j’ai failli louper le ptit dej !)
  • tu dois demander à ton coloc’ de te mettre ton bas de contention de bon matin (le pauvre !)
  • contrairement aux gens normaux qui utilisent une balance pour se peser et s’assoient sur une chaise, toi tu as une balance pour chaque pied (le but étant de mettre le même poids sur chacune) et tu t’assois dans le vide contre le mur
  • tu fais 3km à pied avec ta patte folle tous les soirs pour aller chez le kiné et que tu le maudis d’avoir son cabinet en haut de la seule butte de Toulouse (Jolimont)

Béquilles et Atèle : une belle galère
Piqûres, pansements, massages, RDV médicaux, bas de contentions, ventouses, … ta vie quotidienne et la cadence de tes pas sont rythmés par le “tic, tic” des béquilles sur le sol !
Et quand enfin tu peux les lâcher (mais que tu restes un canard boiteux avec ton attelle) tu cherches et tu trouves la technique pour descendre les escalier plus vite que les valides :p (bon pour monter c’est une autre histoire … haha)
Petite anecdote dans laquelle tous les “jamberaideman” qui se reconnaîtront je pense : Quand tu t’habilles de bon matin : tu enfiles ton pantalon, ton t-shirt, ton pull. Tu mets ton atèle (et ses milliers de scratchs). Tu la serres bien pour pas qu’elle glisse. Tu attrapes tes chaussettes et tes chaussures …. ERREUR, ECHEC !!  Il fallait les mettre avant l’attelle car la tu n’es pas assez souple pour atteindre le bout de ton pied … ! DOMMAGE, TRY AGAIN !!
 
Les jours de doutes et l’importance des proches.
“Y’a des tempêtes sans visages où on doit se battre contre le pire […]
C’est l’ultime épreuve où tu affrontes la pire souffrance morale
Quand la peine rejoint l’impuissance pour la plus triste des chorales”
Quand tu vois tes muscles fondre à vue d’œil et ton corps changer. Quand tu deviens une cocotte-minute incapable d’évacuer la pression. Ou encore quand tu rêves toutes les nuits que tu es entrain de courir….
Faut pas se mentir, même avec toute la bonne volonté et l’optimisme du monde, ya des jours avec et des jours sans. Je dirais même que ces jours sans font partie intégrante de la guérison ! Ces jours où même les personnes qu’on aime le plus nous énervent, où rien ne nous donnera le sourire. Où il nous est impossible de voir le positif car le bout du tunnel est trop loin…  Il faut accepter ces journées-là, laisser ses émotions prendre le dessus. Ça fait du bien aussi ! Mais attention, tout ça doit être passager ! C’est uniquement dans le but de pouvoir repartir de plus belle le lendemain :p !!
 
Des objectifs et des victoires !
“Je fais partie de ceux qui pensent il n’y a pas de barrière infranchissable
Il faut y croire un peu, y’a bien des fleurs qui poussent dans le sable
Et c’est quand tu te bats qu’il y a des belles victoires que tu peux arracher […]”

 
Au cours de ces longs mois, la reconstruction a été pour moi autant physique que morale. C’est dans les chansons de Grand Corps Malade (comme ici les extraits de Mental) et le livre de Jonny Wilkinson (Mémoires d’un perfectionniste) que j’ai puisé l’inspiration et le réconfort. Leur philosophie m’a aidée à relativiser et à me fixer des objectifs réalistes et atteignables.
J’ai ainsi pu progresser, en savourant et appréciant chaque victoire l’une après l’autre. Et lorsqu’enfin j’ai atteint mon but… eh ben j’ai été inconsolable à la fin de mon premier entraînement, j’ai plaint la première fille que j’ai plaqué et, j’avoue, j’ai admiré avec fierté les bleus qui recouvraient mes jambes à la fin de mon premier match … qu’est-ce que c’était BON :p !!
Une véritable CHANCE !
J’ai rarement autant appris sur moi et sur le fonctionnement de mon mental que durant ces périodes. Si je pouvais revenir en arrière, il est certain que je ne changerai absolument rien ! Toutes ces épreuves font partie intégrante de ma vie. Elles ont permis des rencontres, des choix de vie et ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui avec ma force et mon mental !
C’était le destin, c’était écrit !
J’ai pris conscience de la véritable CHANCE que j’avais de pouvoir faire du sport. Je savoure aujourd’hui le moindre entraînement et le moindre effort !
Alors à tous les bigorexiques, quel que soit la gravité de la blessure, le degré d’immobilisation ou encore le temps d’arrêt de sport, une chose est sûre, on en sort toujours plus FORT ! A nous d’en tirer les bonnes leçons et d’y voir le positif, la patience restant notre meilleur alliée.
“Je n’apprends rien à personne, tu es vivant tu sais ce que c’est,
Vivre c’est accepter la douleur, les échecs et les décès
Mais c’est aussi plein de bonheur, on va le trouver en insistant
Et pour ça, faut du cœur et un mental de résistant” (Grand Corps Malade )

Claire.
 

Leave a Reply

Theme by Anders Norén