Sport, Fun et Gourmandise

L'art de vivre tout en étant accro au sport

INTERVIEWS

L'interview du mois ! Quand le sport vous aide à vous reconstruire après un traumatisme de la vie : Ludovic, blessé de guerre et futur Ironman…

Nous avions rencontré Ludovic sur les réseaux sociaux. Un sacré personnage, avec un moral d’acier et une détermination sans borne. Imaginez un instant… La blessure de guerre en Afghanistan, la descente aux enfers, les idées noires et la reconstruction de soi… Par et pour le sport, par et pour la vie ! Découvrez Ludovic Molluso, Militaire courageux préparant son premier Ironman, il est ce week-end sur son premier Half à Aix, et nous l’avons rencontré !
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Bonjour Ludovic ! Nous t’avons rencontré sur internet, après que tu te sois intéressé à notre blog, et ton histoire nous a tout de suite interpellées. Peux-tu nous en dire plus sur toi ?
Je suis corse et j’ai 39 ans. Sapeur-pompier volontaire puis engagé à la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris en novembre 2000, j’ai toujours été tourné vers les autres. Après avoir eu mon diplôme d’infirmier je rejoins les troupes de montagnes avec lesquelles je pars à plusieurs reprises en Afghanistan comme infirmier des forces. Je quitte l’institution en 2013, avec mon lot de séquelles et je sombre petit à petit. 4 ans seront nécessaires à ce que je réagisse et décide de me reprendre en main. Cela repassera par le sport, que j’avais abandonné depuis des années ; les valeurs qu’il véhicule seront les fondations de ma reconstruction :
• Le courage
• La persévérance
• L’humilité
• L’entraide
• Le respect
• La fraternité
• L’abnégation.
Je suis entouré de mon ami Laurent (entraineur de triathlon diplômé d’état qui s’occupe de ma préparation), Régis qui s’occupe de la Com, Tony (ancien légionnaire parachutiste et pilote- instructeur), Florent (pompier volontaire) Adelaïde (parachutiste) et frank (Armee de l’air)ainsi qu’ André, chasseur alpin et frère d’arme avec qui j’ai pu partir en opération extérieure et arpenter les Alpes.
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Tu as un métier particulier. Tu es militaire. En quoi ce métier a-t-il complètement chamboulé ta vie personnelle ?
Je dirai que la monotonie n’existait pas, j’ai appris à m’adapter, à me dépasser et le gout du travail bien fait. A souffrir également mais à ne jamais renoncer. Etre militaire n’est pas un métier commun. Je suis une personne authentique, avec des valeurs et de l’empathie, qui s’est fixé un objectif pour aider et supporter ceux qui en ont besoin, dont les blessés, les veuves et les orphelins de guerre. Je veux redonner confiance à ceux qui veulent débuter ou reprendre une activité sportive, ceux qui ont besoin de motivation. Je désire transmettre des choses positives et des encouragements par ma démarche.
Quelle était la place du sport dans ta vie avant l’accident ?
Étant dans les chasseurs alpins, le sport avait une place très importante (j’ai commencé ma carrière comme pompier de Paris), j’allais au travail en vélo, puis la séance de sport du matin, quelques fois un peu de natation ou de renforcement musculaire entre 12 et 14, et le soir c’était séance de piste ou sortie longue ; je dirai une moyenne de 12h de sport hebdomadaire. Soit pour préparer la saison de ski alpinisme soit pour des missions exigeantes, mais surtout par plaisir.
 
Tu parles de « reconstruction par le sport ». Peux-tu nous en dire plus ? Parle nous de la rééducation (physique et psychologique). Parle nous de ta page Facebook.
Le sport faisant partie intégrante de ma vie, il fallait donc que je reprenne goût aux choses, me réapproprie mon corps et les sensations de plaisir. C’était donc évident que le sport allait être les fondations de ma reconstruction. Ayant toujours rêvé de faire du triathlon, j’ai décidé de courir 2 Ironmans complets en 2018 (Nice et Vichy), après avoir débuté le triathlon en 2017.
Mon 1er Tri
Je fais également le Half d’Aix, comme course de préparation en conditions réelles. Je le fais pour les anciens combattants et les blessés de guerre. Je partage mon parcours sur ma page Facebook (https://www.facebook.com/Sereconstruireparlesport ), pas pour me mettre en avant, mais surtout pour encourager les personnes qui sont dans des situations difficiles et qui penseraient ne pas pouvoir s’en sortir. Je cours pour l’association THE WOLVES, créée par 2 veuves de militaires, qui soutient les veuves et les orphelins de soldats. Cette initiative a tout son sens à mes yeux, car les familles ont besoins d’être épaulées mais pas uniquement au moment du deuil mais tout au long des étapes de la vie.
Quels ont été les principales difficultés auxquelles tu as dû faire face ?
J’ai été blessé en Aout 2012 suite à plusieurs missions très éprouvantes en Afghanistan et je me suis effondré petit à petit jusqu’en 2017. Arrêt du sport, prise de poids, perte de repères et séparation puis plus de travail. Isolé, j’ai dû avoir un regard plein d’humilité sur moi-même et la situation pour pouvoir remonter la pente. C’est un effort de chaque jour.
Ensuite, pendant ma préparation, le plus dur aura été de concilier vie professionnelle, vie personnelle, et plan d’entrainement qui peut compter 20h par semaine ; avec les journées raccourcies, le mauvais temps, et tous les impondérables, c’était un sacré casse-tête.
Quels ont été tes principaux soutiens ? Quels ont été les leviers vers la reconstruction ?
Mes camarades, avec qui j’ai servi, ont été mes premiers soutiens ; ils m’ont encouragé et me suivent pleins de bienveillances. D’ailleurs, j’ai créé une équipe pour ces courses, et en tout, 7 personnes vont m’accompagner tour à tour, sauf Tony qui sera à mes côtés tout au long de ce défi.
Ensuite il y a l’ANFEM (Association Nationale des Femmes de Militaires) qui m’a permis, par sa générosité, de réussir à monter ce projet, car il ne faut pas se leurrer, tout a un coup, et seul, impossible de parvenir à financer. Mais plus que ça c’est le message que la vie m’envoie : encore une fois, comme pendant ma carrière c’était ma compagne qui me soutenait, ce sont les épouses de militaires qui vont m’aider à réaliser ce projet.
Enfin, les encouragements de Myriam et de Valentin (mon plus jeune fils et sa mère) me permettent de ne pas abandonner quand je suis à bout (et oui, ça arrive…)
De manière générale, qu’as-tu trouvé dans le sport, notamment le triathlon ?
Le sport apporte un équilibre, des valeurs saines de dépassement de soi, de partage, de fraternité. Le sport nature, plus particulièrement, m’apaise car on se retrouve seul dans des décors à couper le souffle face à soi et on relativise beaucoup de problèmes existentiels loin de la « violence » de la vie d’aujourd’hui.
Le triathlon représente pour moi l’aventure, la découverte de ses propres limites, le pouvoir de la volonté, des valeurs de développement durable, et de respect de l’environnement et de l’effort que chacun fait pour accomplir ses courses. Et puis l’image d’un esprit sain dans un corps sain. Alors j’ai décidé de m’y mettre pour me reconstruire à travers ces valeurs saines dans des courses longues et éprouvantes pour le corps mais surtout pour le mental (qui est la partie la plus complexe à réparer quand elle est touchée). Une préparation longue et exigeante m’attend mais je l’accomplirai, peu importe les difficultés et les baisses de moral. Je suis entouré de personnes qui m’encouragent et croient en moi.
J’ai une admiration pour les triathlètes, qui enchainent 3 disciplines complètement différentes, sans répit, sur des distances parfois hallucinantes. Je trouve le chemin pour y parvenir incroyable et surtout très révélateur de notre personnalité : en passant par toutes les étapes qui forgent un triathlète, on se révèle.
Quels sont tes projets ? Tes objectifs ? Sportifs mais personnels aussi
interview Corse Matin Ironman
Pour cette année, finir la préparation pour boucler mes Ironman. L’année prochaine je pense faire 2 Half Ironman et 1 Full (pas facile à caser dans un emploi du temps). Je souhaite continuer à partager ces moments de préparation et d’entrainement avec les gens qui s’y intéressent, encourager un maximum de personnes à se dépasser et à croire en elles.
Personnellement, je souhaite continuer à m’épanouir dans ma vie, jour après jour, malgré les blessures passées.
As-tu un message à faire passer à nos lecteurs ?
Nous avons tous notre histoire, nos blessures, nos faiblesses, nous sommes tous différents mais ce qui fait de nous des Hommes c’est notre libre arbitre, le choix de décider et de se tenir à ses choix.
Je crois que nous pouvons réussir ce que nous décidons, si nous nous en donnons les moyens mais surtout si nous avons un regard humble sur nous-même.
dav
 
Merci Ludo !
Propos recueillis par Louloute_jub et credits photos Ludovic et Alexia_jub !

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