Sport, Fun et Gourmandise

L'art de vivre tout en étant accro au sport

INTERVIEWS

L'IRONMAN Nice, raconté par Sophie: "J’ai enfoncé ma casquette, j’ai serré les poings, et j’ai avancé"…

Petit bout de femme dynamique et discrète, Sophie, triathlète au club de Montauban (82) vient de boucler son premier Longue distance à Nice. 3,8 kil de natation, 180 kil de vélo et 42,2 kil de course à pied où se sont mélangés les émotions sportives et familiales, le dépassement de soi et la détermination sans faille. Voici son récit, émouvant et frais !
51_m-300508516-FT-2197_001838-17969713
 
3h45. Debout, réveillée depuis 3h. Direct dans la cuisine pour le petit déjeuner avec la check-list de choses à faire. Je commence par les granulés homéopathiques contre le mal de mer (hé oui, j’ai le mal de mer quand je nage s’il y a des vagues), Ouverture des emballages de mes barres céréales, tatouages bras et mollet de mon numéro de dossard.  Estomac noué, je ne peux presque rien avaler. Catastrophe, je loupe le tatouage sur le mollet ! Bon ils vont quand même pas m’embêter pour un tatouage ??
4h30. Je pars. Il fait nuit. J’ai 20 mn de marche. Je me refais ces 4 derniers mois dans ma tête. J’attends ce moment depuis longtemps. Le gros de l’entrainement a été fait, petit souci encore avec le tendon d’achille mais j’ai réussi à gérer, je me sens en confiance et j’essaye de ne rien oublier à ce que je dois faire en arrivant dans le parc à vélo. Sac street. Sac ravito bike. Natation. Je regarde mon téléphone. Message de david A, david K, Kelly, Claire, ….  Cela me fait chaud au cœur. Ca va le faire sophie. Profite de chaque instant. Objectif FINIR.
5h00. Dans le parc à vélo. Dernière vérification du vélo….
La pression monte, tout le monde arrive. 2700 personnes. C’est immense. La tension me gagne.
Je pense à la journée qui m’attend, les bons et les mauvais moments. Les émotions montent. Je pense à mon père, j’aurai aimé qu’il soit encore là. Et je me mets à pleurer.
Je vais poser mes sacs et je me dirige vers le départ de la natation.
6H00. Je pars m’échauffer. L’eau est super bonne plus de 23 degrés. Transparente. J’ai vu une méduse …. beurk
Il y a des petites vagues et du courant, va falloir gérer. Je me tamponne avec un gars, il m’arrache mes lunettes, ça commence bien J.  Direction SAS 1H20. Je veux être tranquille et pas de stress. Ce départ me hante et je ne suis pas à 5 mn près…
6h40. C’est parti !!
Quelques mètres sur les galets, un plongeon, c’est parti….
1ere boucle de 2,4km : nikel, je suis vite à l’aise et on ne se tape pas dessus. Je serai bien allée un brin plus vite mais c’est pas grave. J’ai un problème avec mes lunettes et j’ai de l’eau qui rentre….  Je les serre davantage mais impossible de bien les régler.
2eme boucle de 1,4km : j’ai mal à la nuque, ça me brule drôlement, pourtant j’ai mis de la creme NOK, bizarre… c’est l’eau de mer qui doit plus irritante L
Je sors en 1h18. Je suis contente. Pas entamée et la première étape est terminée, super !  par contre toujours cette nuque qui me brule ….
102_m-300508516-DIGITAL_HIGHRES-2197_010389-17969764.JPG
8h15. Départ vélo. J’ai super soif… … certainement à cause de l’eau de mer que j’ai avalé. Mais la journée va être longue …. Parcours plat au départ, et puis on rentre dans l’arrière-pays. C’est grandiose. C’est montant … il fait pas trop chaud et je dois dire que je gère plutôt bien mon effort. Je double pas mal, ça passe tranquille et les gars me taquinent gentiment.
Tiens la combi du TCM !! Marc D, que je vais croiser à multiples reprises plus tard sur la course… on s’est encouragé J. Inutile chercher Antony, il est loin devant ….
Je m’alimente régulièrement, les barres CLIFF from NY passe super bien (je recommande, 250 CAL par barre, ça tient l’estomac J). Les galettes de pâtes un peu dur au départ, puis finalement j’ai tout avalé sur la 2eme partie du parcours.
Le dernier tiers est plus compliqué. Ça descend mais … ça cartonne dans les virages. Je ne compte plus les blessés, les casses mécaniques, etc … je suis prudente et je reste très lucide : on s’emballe pas. Je termine en 7h, contente de moi et … mais avec de la fatigue dans les jambes…
J’arrive pour la transition et je prends mon temps (15mn…). Je commence par la crème anti-inflammatoire sur la nuque. J’avais oublié les frottements de la combi. Direct, ça brûle la peau et je hurle de douleur.
Je me tartine de crème solaire et nok pour les pieds. Allez hop c’est parti …
cours qd ca va pas.jpg
15h45. Départ course à pied. Mal au tendon d’achille droit. Mal à la cuisse gauche. Un petit coup au moral. Ça commence pas bien.
Quelle ambiance de folie. La promenade des anglais est blindée de spectateurs, qui sont déchainées !!!
Les ravitos tous les 1.7km sont remplis de bénévoles souriants. Et là surprise, je retrouve David, Audrey et Romain que j’avais quitté à 4h30 … c’est la fête et ça me donne la patate.
Première boucle se passe plutôt bien, la deuxième aussi et je lance à David « rentre si tu veux, ça va le faire je vais finir tranquille » … trop confiante … effectivement …. C’est là que tout bascule …
Le vent se lève, les trombes d’eau se déversent sur la promenade des anglais, qui se vide rapidement. Il n’y a plus personne. Juste les bénévoles trempés eux aussi, en train de sauver de la pluie et du vent ce qui peut l’être.
En 15mn je suis en déperdition totale. Je tremble de froid. Mes chaussures sont pleines d’eau. Et le pire c’est mon short qui est gorgé d’eau, qui descend tout seul L et qui me frotte les cuisses. Cela a duré en gros 10km soit plus d’une heure.
Je savais que je ne devais plus m’arrêter … car je ne repartirais plus. L’hypothermie est terrible et beaucoup d’athlètes s’arrêtent. Une tente de secours est montée avec distribution de couverture de survie.
J’ai enfoncé ma casquette, j’ai serré les poings, et j’ai avancé… Ca pourrait être pire, j’ai plus mal à mon tendon et ma cuisse…  Je tiens le coup.
Fin du 3ème tour, le soleil revient enfin et les spectateurs aussi.
Le 4eme tour, c’est le dernier…. Oui mais c’est le plus terrible.
Je n’ai plus d’énergie. Je n’ai plus envie. Je n’en peux plus. Les km ne défilent plus. Je compte les 100m maintenant. Je me répète qu’il ne faut pas lâcher. Qu’il ne faut pas marcher… mais j’en peux plus. J’en ai marre. Je pense aux copains qui me suivent… j’imagine les encouragements…. Je pense à ma famille. Je pense à mon père. Il serait là, il me dirait « allez ma grande, c’est pas fini, tu t’accroches ».
Je continue mais je ne sais pas ce qui fait avancer mes jambes. J’ai mal aux genoux. J’ai mal au ventre. Je finis derrière un laurier rose au niveau de l’aéroport (encore un truc qui m’aura servi des entrainements du club J).
36km.. Bon allez 2km et tu vois la famille. Je repense à la journée. Je repense aux mois d’entrainement. Je pense à tous les changements qui vont arriver en septembre.  Je repense à ma mère qui ne savait pas qu’il y avait un marathon après les 180km de vélo et qui l’apprendra après la course.
Voilà je les aperçois. Je m’arrête, j’éclate en sanglots. J’en peux plus. Je peux plus…. Je les serre contre moi…. Je me calme un peu et je repars …. en pleurant.
L’émotion monte mêlée à l’épuisement. Je sais que je vais finir, que je vais y arriver. Il faut que je me calme.  J’entends crier mon nom, les gens me font la hola et m’encourage comme jamais.
J’entends un « allez maman » … je tourne la tête et je vois Romain qui me suit sur le trottoir.
41km !! bon sang il me suit depuis 2km !!
19h45 Et voilà, la ligne d’arrivée….  Une ambiance de folie. Je ferme les yeux, je suis heureuse. J’AI RÉUSSI….
35_m-300508516-CERT-2197_082077-17969697
 
Petit mot de fin
Après 1 semaine de cet Iron man, je réalise enfin ce que j’ai fait. C’est une aventure de dingue et pour ma part, c’est le dépassement de soi que je trouve incroyable.
Car bien sûr, derrière un iron man,  il y a l’entrainement individuel et surtout collectif (stage LLORET J), il y a l’émulation collective avec mon club, il y a la motivation partagée, Il y a la gestion de course, etc…
Mais il y a un truc qu’on ne peut pas préparer … et qu’on a tous au fond de nous…
C’est cette force intérieure incroyable, qu’il faut aller puiser et chercher, celle qui va nous faire avancer…pour atteindre la ligne d’arrivée… mais aussi pour se relever quand on est à terre, ou pour se battre pour les gens qu’on aime.
Un ami m’a dit récemment « Cette aventure, c’est une chose puissante incroyable, et tu dois réfléchir à la manière dont cela peut rayonner positivement dans ta vie ».
Je tâcherai de ne pas oublier.
Merci à tous pour tous vos précieux encouragements.
(et désolé si je suis restée un peu silencieuse car besoin de me détacher de l’évènement pour faire baisser la pression)
02/07/2018
sophie

Leave a Reply

Theme by Anders Norén