Sport, Fun et Gourmandise

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AU FIL DE L'EAU, INTERVIEWS

Swimrun Gorges du Verdon 2019.Claire nous raconte le format Ultra !

“La victoire aime l’effort…”
 Après avoir participé au SwimrunMan 2019 dans les Gorges du Verdon (Lien ici ) avec Fabrice Noyé, président du club de triathlon de Montauban, Claire Lefranc nous raconte cette extraordinaire histoire humaine et sportive… Un récit émouvant et touchant !

“Après une petite matinée de boulot histoire de se changer les idées, C’est parti pour 6h de route direction le Verdon 🙂
Le trajet se passe bien et plus on s’approche plus les paysages deviennent beaux malgré le temps orageux. A 18h15, enfin arrivés, on file retirer nos dossards (étrangement il n’y a pas la queue pour les dossards de l’ultra ^^).
On présente le matériel obligatoire : sifflet, couverture de survie, gobelet => tout est ok, on peut récupérer le reste : chasuble, bonnet, puce et t-shirt.
Le briefing général est à 19h30 et se fait dehors. Avec 6h de route dans les pattes, la pluie et les quelques places à l’abri en terrasse qui sont prises …Deux minutes de réflexion et décision prise : on va plutôt aller se poser à l’appart (on est des fous, tant pis pour le briefing ^^)
Petit passage au bord de l’eau histoire de tester la température. Nous voilà plutôt rassurés, elle n’est pas si froide que ça. On va se régaler !!
L’appart est top ! On s’installe tranquillement puis pâtes/poulet et au lit. Faut pas déconner demain y’a course !
Mais évidemment : impossible de m’endormir… j’ai trop hâte d’y être !
Réveil 4h15 pour les couettous traditionnels suivi d’un bon petit dej. Je sais que le prochain vrai repas sera dans très longtemps alors je me fais plaisir 🙂
5h30, on décolle. Personne sur la route, on se gare tout près du départ, parfait.
Ça y est, on y est, la tension monte. Tout le monde se prépare et s’habille. On fait de même : combi, pullbuoy, bonnet, lunettes, plaquettes … Petite photo avant le départ sous l’arche d’arrivée. On a déjà hâte de la franchir. Le temps est couvert mais il ne fait pas froid.

Comme au tour de France, passage obligatoire sur la scène pour signer la feuille de présence. Le départ est commun pour ceux du Half (en vert) et nous les ultras (en doré). On repère différentes équipes mixtes. Comme toujours je me laisse impressionner par les autres. J’ai toujours l’impression qu’ils sont plus forts. Fabrice me dit “qu’on va les bouffer” !  Verdict dans quelques heures ! On s’est bien entraînés et on est prêt à en découdre !
6h35 FEUUUUU !! 1.7 km de run avant la première natation. “ On part tranquille hein ?! “ oui oui il vaut mieux”  => 4’40/km oupps !
Puis c’est parti pour la première traversée de lac de 1700m. L’eau est bonne, mais je galère à poser ma nage. Il y a du monde, j’essaie de garder Fabrice en vue mais il me distance. Je reste avec un groupe mais je ne suis pas bien, pas sereine. Mon pull a glissé à mes chevilles, je me contracte pour pas le perdre. Je ne veux pas m’arrêter pour ne pas perdre plus de temps car j’ai peur d’être disqualifiée à la sortie si on arrive trop éloignés. Mais la rive est encore loin et je ne peux pas continuer comme ça. Je m’arrête, je le remonte et repars. La plage est enfin là, pas d’arbitres, tout va bien ^^.

On est immédiatement mis dans le bain avec une première montée bien sympathique dans un pierrier. S’en suit un peu de plat puis belle descente, assez roulante. On enchaîne ensuite 3-4 portions de nage et run où j’arrive caler ma nage et courir. Haha Premier ravito en vue : dommage pas de cacahuètes 🙁 mais des tuc, chips et oranges qui feront l’affaire.

Km 15.5 :  Aurélie nous attend au point de passage, juste avant la grosse portion de course. On vide les chaussures, on range bonnet et lunettes, petite photo avec le sourire pour donner des nouvelles à tout le monde et on démarre. On doit monter, ça on le sait, mais à cet instant, on n’imagine pas le calvaire qui nous attend.
Le début ne nous étonne pas mais ça devient vite TRES raide : 800m de le d+ en 5km. L’avantage c’est qu’on a rapidement une vue MAGIQUE sur le lac ! On est trois ou quatre équipes à se suivre. On monte en souffrance et en silence. A 15’/km, ça nous parait interminable. Le ravito précédent est bien loin et on a tous très soif ! Heureusement il pleut, on ne souffre pas de la chaleur. Enfin arrivés sur le plateau, toujours pas de ravito. Gros coup de mou pour tous les deux. C’est là que nos gels et pâtes de fruits sont les bienvenus. Même si ça nous donne encore plus soif, on retrouve un peu de lucidité. Et il va nous en falloir, car on attaque la descente …. aussi raide que la montée et très glissante. Avec une cheville en moins pour Fabrice et mes genoux cagneux on perd du temps mais mieux vaut ne pas prendre de risques et y aller tranquille. Une petite portion de goudron nous permet de dérouler un peu plus et d’arriver ENFIN au ravito !! On a tous les deux perdus notre gobelet… heureusement il reste la petite gourde de Fabrice. On mange, on boit : ça fait du bien !!
Puis on repart pour finir la descente dans les gorges et attaquer la fameuse portion de 1400m de nage dans le plus grand canyon d’Europe. L’eau est toujours magnifique et j’ai hâte d’y plonger après ce long calvaire. Boudu que c’est froid !! Ce n’est pas la même température que dans le lac ! Le crawl polo est de rigueur le temps d’habituer le visage au choc thermique. Et puis c’est un régal. Le froid fait un bien fou et le décor est grandiose ! On se sent tellement petit au milieu de ces immenses parois calcaires. L’eau est si belle et fraîche que j’en profite pour me réhydrater au passage (on verra bien si ça passe ^^). Il y a un peu de courant qui nous pousse, une équipe nous rentre dedans pour nous dépasser. On gueule mais ça n’a pas l’air de les déranger, tant pis !

On retrouve Aurélie à la sortie de l’eau, on papote quelques minutes, encore une petite photo et c’est reparti pour une longue portion de run de 10,5 km. Et pour changer ça monte (#onsemballepas). Le soleil est sorti et il fait vite chaud. On alterne course et marche selon le dénivelé en essayant d’aller plus vite en descente. Pour le moment on est dans les délais. Je sens la faim qui arrive. La fin de la portion devient longue mais je sais que le ravito est au bout alors je m’accroche. Je mange bien comme il faut pour bien repartir. Une équipe mixte nous rattrape, ne s’arrête quasiment pas et nous double. Mais on ne panique pas, “on va les bouffer !” Je vois que sur les petites portions de nage on va plus vite et je sais qu’il nous reste une très longue portion donc j’ai confiance.
Au km 44, on laisse les “verts” du half qui ont quasi fini et nous on continue pour la dernière longue portion de course. Je sais que ça va être très dur. L’équipe mixte est juste devant. En trottinant dans la montée, on les double rapidement. Mais je suis dans le dur, je n’ai plus de jus et le négatif commence à prendre le dessus. Les kilomètres me paraissent interminables. Je m’accroche à Fabrice qui est devant et qui a toujours un mot pour me faire rire. Je me dis que plus je cours, plus vite ce sera fini. Dans ma tête, je calque le parcours de course à pied que je fais à la maison et je m’y plonge (le pont, la ferme, le demi-tour …) ça m’aide beaucoup. Je décide de prendre une pâte de fruit avant la descente et l’énergie revient vite. Je ne vais pas forcément plus vite mais je retrouve la pêche. Malgré tout, la descente est un enfer !! Nos quadris sont en feu et fatigués et mes genoux me crient d’arrêter. Mais je n’écoute pas, je débranche mon cerveau. Je souffle, je grimace et on descend. C’est fait !! Le plus dur est passé et malgré des délais très serrés on est dans les temps. On se ravitaille avant la BIG portion de swim : 2500m en ligne droite. Une première pour nous. Un peu flippant quand même. La secouriste sur le bateau nous dit de viser le village en face (tout petit d’ici …), puis les deux bouées quand on les verra … OK, on regarde le chrono et c’est parti. Je cale ma nage et j’essaie de tracer au plus court vers la première bouée, puis la deuxième. Je n’ai aucune idée de la distance mais ça commence à être long et le rivage et encore bien loin. Une fois arrivés à la deuxième bouée on ne sait pas trop où aller. Une équipe part sur la droite. Moi je décide de viser la plage en face sur laquelle je distingue du monde. Je vois que Fabrice et l’autre équipe me suivent. Je commence à avoir froid et mes jambes sont endormies. Au bout d’un moment le bateau de secours vient me dire de viser le ponton sur la gauche … mais je ne vois pas de ponton. Il insiste alors on bifurque un peu à gauche et on continue d’avancer. Heureusement une dame sur la plage crie et me fait des grands gestes. Je sors enfin de l’eau et je vois ce fameux ponton qui est réalité une passerelle sur la plage, couleur sable … comment dire que dans l’eau impossible à distinguer. Fabrice est “légèrement” énervé par ce manque de guidage qui nous a bien fait faire 300m de plus !

On sort donc de l’eau et là … on n’arrive quasi plus à marcher ! Après 1h dans l’eau froide sans bouger les jambes et en serrant le pull il est très compliqué de mettre un pied devant l’autre ! Je cherche le soleil pour me réchauffer. On voit plein d’équipes en hypothermie avec les couvertures de survies qui ont décidé d’arrêter là. Le ravito est dérisoire, il reste 2 tucs et trois oranges … on mange ce qu’il y a et on repart. Heureusement, je sais qu’il y a une portion de 3km de run (avec dénivelé) pour me réchauffer. Je ne suis pas sûre d’avoir pu continuer s’il avait fallu retourner immédiatement dans l’eau. On rigole à se voir dans nos ombres essayer de marcher ou trottiner. Les premières marches arrivent vite ce qui permet à nos muscles de finir de se réveiller. J’essaie de me détendre au maximum pour arrêter de claquer des dents et laisser mon corps remonter en température. C’est plutôt efficace ! Sur la descente, tout en marchant vite, on rattrape puis dépasse les 2 équipes mixtes qui nous avaient doublés à la sortie de l’eau quand on était en mode robocop ! C’est bon ça !!

Impressionnant comment, en 3 km, mon état a complètement changé ! Je ne sais pas d’où sort cette énergie mais je suis reboostée à bloc ! Mon corps, même s’il est douloureux, accepte de courir. Je me sens presque invincible. Je sais qu’on va finir et même qu’on peut avoir peut-être un podium mixte ! Le ciel noir orageux en fond contraste avec le bleu au-dessus de nous et ce qui donne des couleurs vraiment magnifiques au lac.
1200m de nage on va pouvoir maintenir notre avance. On croise un bateau de secouriste avec comme des phares. En réalité, c’est le soleil qui se reflète sur les couvertures de survies des concurrents qui ont abandonné. Qu’est-ce que je suis contente d’être là où je suis ! Fabrice à mal aux bras, alors je nage devant pour l’aider. En course à pied, c’est lui qui m’aide. Dernier ravito en eau : il se fera directement au robinet car on a fini par perdre aussi la gourde. 900m de nage, le bénévole nous dit de viser le bateau de l’autre côté : OK. Sauf qu’il bouge ce couillon. Heureusement, j’aperçois la flamme rouge sur la rive. Je crie à Fabrice de me suivre. Ce n’est pas le moment de se rajouter 200m !
C’est la fin, il nous tarde d’arriver mais on savoure. Les autres sont loin devant et derrière.
Derniers 300m de nage = 200m + “100 souple” comme promis au coach. Il nous reste 700m à courir … enfin presque ! C’est sans compter la sympathique petite côte pour remonter au village, histoire de nous laisser profiter de ce moment ! Aurélie nous attend en haut. Elle est soulagée de nous voir arriver vu tous les abandons ! Le tapis, la musique, l’arche … on se remercie, on danse, on sourit, BORDEL on l’a FAIT !!!

Photos souvenirs, commentaires au micro, remise de médaille, je suis tellement heureuse !
Finalement, pas de podium mixte. On est 5ème, dommage mais peu importe : 12km de swim, 54 km de run, 2200m de d+, 12h19 d’effort, 13ème au scratch et bel et bien FINISHERS !!
On débriefe avec les autres équipes. On est tous d’accord sur la difficulté et l’exigence du parcours mais aussi et surtout sur sa beauté !! Seulement 20 équipes classées à l’arrivée, autant d’abandons, on peut être fiers de nous 🙂
Mais au-delà de tout ça, le plus beau cadeau de cette journée c’était ce magnifique moment de partage et de complicité que nous avons vécu. Une épreuve sportive et humaine hors du commun et inoubliable réussie grâce à une belle complémentarité. La preuve, une fois de plus, qu’ENSEMBLE on va plus loin.
L’émotion est unique. Cette nouvelle expérience dans l’effort de longue durée m’a encore appris beaucoup sur moi-même, sur ma volonté face aux limites que voudrait fixer mon corps et sur la force du mental seul et en équipe.

2 Comments

  1. Capel

    Yahouuuuuu ‘ magnifique résumé
    Ca donne vraiment vraiment envie…

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